Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

aluminium

  • L’aluminium, réel poison ?


    une-canette-d-aluminium.jpgTous les jours, nous en mangeons. L’usage de récipients pour conserver ou chauffer des boissons ou aliments acides est à éviter plus que tout. A en croire un documentaire prochainement diffusé sur une chaîne française (voir ci-contre), l’aluminium, omniprésent dans notre environnement, serait un poison quotidien. Eclairage avec le Pr Alferd Bernard, toxicologue et directeur de recherche au FNRS.

    Que dire de l’énumération de produits et aliments contenant ce “poison”?

    Il y a bien sûr un peu de propagande et il est de bon ton de faire l’impasse sur les sources naturelles très riches comme le cacao, le thé, les champignons, les épices… lesquels peuvent contenir des concentrations plus élevées que des produits comportant des additifs. Les quantités ingérées via l’alimentation sont connues et seul un faible pourcentage de la population dépasse la PTWI (provisional tolerable weekly intake ou dose hebdomadaire tolérable recommandée) de 1 mg/kg. Pour ce qui est de l’absorption via les cosmétiques, elle est négligeable. Il ne faut donc pas tout mélanger car la voie d’exposition est déterminante et seule la voie orale (ou l’injection pour les vaccins) est significative. Tout l’exercice consiste à voir si la source d’exposition incriminée est significative par rapport à l’exposition naturelle, laquelle est inévitablement de quelques mg par jour par voie orale. L’aluminium est en effet naturellement présent dans tout ce qui nous entoure et ce que nous mangeons. Mais heureusement, il reste très faiblement absorbé par voie orale. La nouvelle PTWI vise précisément à réduire les apports alimentaires non naturels liés aux additifs.

    Dans quelle mesure faut-il s’inquiéter ?

    Je pense qu’il ne faut pas s’inquiéter au sujet de l’aluminium naturellement présent dans les aliments, ni non plus pour les produits à base d’aluminium appliqués sur la peau qui ne sont pratiquement pas absorbés. Là où il faut être plus prudent, c’est au niveau des sources non naturelles de contamination de l’alimentation et l’eau potable car il peut s’agir de doses plus élevées et surtout de formes d’aluminium plus facilement absorbées. Ces sources sont pour l’essentiel les contenants et ustensiles de cuisine en aluminium, les additifs alimentaires à base d’aluminium et les sels d’aluminium utilisés comme floculant dans le traitement de certaines eaux potables.

    A partir de quelle dose est-ce dangereux ?

    En 2008, le Comité d’experts FAO/OMS sur les additifs alimentaires a réduit de façon drastique la dose hebdomadaire tolérable pour l’aluminium qui est passée de 7 à 1 mg par kg et ce afin de tenir compte des nouvelles avancées concernant les effets toxiques de ce métal. Cette dose correspond pour un adulte à environ 10 mg d’aluminium par jour, ce qui est approximativement le double de notre exposition à l’aluminium naturellement présent dans l’alimentation. Il faut en effet savoir que l’aluminium est inévitable dans l’alimentation puisque c’est le troisième élément le plus abondant de notre planète. Cette dose tolérable a été établie à partir des données chez l’animal moyennant l’application d’un facteur de sécurité de 100 car à ce stade il n’existe aucune donnée chez l’homme permettant de définir pour l’alimentation ou l’eau potable un seuil à partir duquel il y aurait un risque. L’absorption intestinale de l’aluminium étant très faible, on pense que si l’aluminium dans l’alimentation ou l’eau potable comporte un risque, cela doit être dans des conditions très particulières qui faciliteraient l’absorption et l’accumulation du métal. Parmi ces conditions, il y a la forme physico-chimique de l’aluminium, l’insuffisance rénale et peut-être certaines déficiences en oligo-éléments. Cela bien sûr ne dispense pas de certaines mesures de précaution pour les sources non naturelles d’aluminium.

    aluminium,santé,alimentation,poisonQuelle toxicité les études scientifiques ont-elles démontré ?

    Chez l’homme, il s’agit d’une neurotoxicité liée à l’accumulation de l’aluminium dans le cerveau. Cette neurotoxicité a été décrite il y a plus de trente ans chez les insuffisants rénaux en hémodialyse qui développaient des troubles cognitifs, voire une certaine forme de démence. Puis, il y a cette hypothèse d’un lien avec la maladie d’Alzheimer proposée il y a plus de trente ans. Autrefois très critiquée, cette hypothèse apparaît à présent plus plausible au regard des nouvelles études mécanistiques et épidémiologiques. On sait à présent que l’aluminium plus que les autres métaux peut faciliter l’agrégation et l’accumulation de la protéine amyloïde à l’origine de cette maladie dégénérative. Quant aux études épidémiologiques, elles confirment de façon assez concordante l’existence d’associations entre l’aluminium dans l’eau potable et la prévalence de la maladie d’Alzheimer. La difficulté avec ces études, c’est que l’eau potable représente moins de 10 % de notre apport en aluminium, ce qui suggère que d’autres facteurs doivent intervenir. On songe par exemple à des facteurs liés à l’absorption de l’aluminium. Une possibilité suggérée par le fait que le silicium qui réduit l’absorption de l’aluminium semble exercer un effet protecteur.

    Que faut-il éviter à tout prix ? Emballer les aliments dans l’aluminium ?

    Ce qu’il faut surtout éviter, c’est l’usage de récipients pour conserver ou chauffer des boissons ou aliments acides comme les jus de fruits, potages, compotes, yaourt,… Seule cette pratique est vraiment susceptible de libérer des quantités d’aluminium qui sont significatives par rapport à la teneur normale de l’aliment. Les quantités d’aluminium pouvant migrer à partir des emballages sont en revanche tout à fait négligeables. Quant aux canettes en aluminium, elles sont protégées par un film en plastique afin d’empêcher la migration du métal. Dans certaines régions, il est prudent de vérifier que l’eau du robinet est bien conforme avec une concentration inférieure à 200 µg/l.

    ENTRETIEN LAURENCE DARDENNE © La Libre Belgique 2012 - Lire également : BioSignature : éliminer le bisphénol A de notre alimentation

    Lien permanent Catégories : Santé 0 commentaire